PIXVAE © DR

Collision insolite et éclatante d’origines croisées, Pixvae est un jeune sextet lyonnais regroupant des musiciens copieusement pointus et défricheurs. Dès les premières minutes, on tombe carrément sous l’emprise de leur potion qui brouille les sens, stimule l’imaginaire et invite à la transe, quelque part entre musiques afro-colombiennes, noise rock et jazz… Rencontre !

Quand et comment le projet Pixvae est-il né ?
Romain Dugelay (saxophone baryton, claviers et arrangements) : Le point de départ c’est ma rencontre avec Jaime Salazar, chanteur et percussionniste brésilien installé à Lyon depuis 10 ans et que je connais maintenant depuis un moment. Lui et moi n’avions jamais vraiment bossé ensemble sur un projet musical et ça nous trottait dans la tête… D’autre part, j’avais (et j’ai) un trio avec Damien et Léo, respectivement guitariste et batteur, et Jaime un groupe de musique trad colombienne avec Margaux et Alejandra. Il m’a fait écouter leur musique et j’ai beaucoup aimé. Avec Pixvae, on a décidé de créer un point de jonction entre la musique trad afro-colombienne et le math-rock noise. Un mix un peu improbable né de la collision de nos 2 formations: Nilamayé et Kouma et une aventure relativement récente puisqu’elle a démarré début 2015.

 Tu as plutôt une formation jazz au départ. Comment es-tu venu au noise math rock ?
J’y suis venu sur le tard par le biais de la scène underground avec des groupes comme Zoo, Lightning Bolt (…) pour l’énergie et le son.

Un petit tour des présentations ?
Jaime Salazar, chanteur percussionniste et anthropo-musicologue spécialiste en musique colombienne ; Alejandra chanteuse  franco-colombienne, Margaux Delatour, chanteuse, Damien Cluzel à la guitare (Kouma, Ukandanz…), Léo Dumont (qui joue aussi dans Kouma et Chromb !) et moi au sax baryton, claviers et aux arrangements.

Chacun(e) opère déjà au sein d’autres groupes (en plus d’être enseignant pour certains), quelles sont les motivations/aspirations derrière Pixvae ?
En plus de la rencontre, humaine et artistique, il se trouve qu’avec Kouma, on a fait 2 disques et que l’on voulait faire participer d’autres musiciens et proposer quelque chose d’un peu différent pour notre troisième album. Le rapprochement avec Jaime est arrivé pile poil à ce moment-là. Finalement on l’a intégré comme une suite logique et on est heureux d’explorer ces nouveaux horizons. Très vite on a compris qu’il ne s’agissait pas d’un « projet » limité dans le temps et qu’on montait un nouveau groupe : Pixvae.

Vous êtes tous des musiciens avec de solides bagages (cursus, voyages …) et, à la fois, « des chercheurs ». Y’a une dimension « savante » et « avant-gardiste » tout autant que populaire dans votre musique…
Oui, c’est vrai. D’un côté on a Jaime qui a une grosse connaissance de toutes les musiques trad et notamment de la musique colombienne et qui constamment la pratique, l’enseigne et fait des recherches dessus. De l’autre côté, le trio Kouma joue depuis sept ans ensemble et aime aller gratter des choses assez nouvelles, avec un cursus plutôt jazz et un vrai gros penchant math rock noise.

Parle-nous des différentes composantes présentes dans votre musique…
On est partie de la base – traditionnelle – suivante : une très forte prédominance des voix, des percussions et du marimba (xylophone à résonateurs d’origine africaine). On a gardé les éléments essentiels que sont les voix (souvent en chœurs), les percussions (le cununo) et les mélodies qui pouvaient « tenir le crachoir » à quelque chose de plus technique et saturé. On n’a pas conservé le marimba que le trio sax-guitare-batterie revisite à sa manière. Il en résulte deux forces, deux énergies qui s’équilibrent…

Les chants sont également porteurs de transe dans Pixvae. Comment avez-vous puisé dans ce répertoire trad et de quels thèmes les textes traitent-ils?
Je dirais qu’il y a deux grandes directions : d’une part, on a choisi des chants poétiques portant sur la vie quotidienne, l’attachement aux racines, les voyages, l’exil aussi. La musique trad afro-colombienne porte toute l’histoire et la mémoire du pays (esclavagisme, révoltes sous l’occupation espagnole, etc.). Une autre plus petite part de notre répertoire est constituée de chants religieux car le catholicisme est très prégnant en Colombie. Personnellement je suis athée mais ça n’empêche pas d’aimer une certaine forme de spiritualité…

En septembre vous êtes programmés au Festival Rock in Opposition à Carmaux. C’est un courant musical et « philosophique » dans lequel vous vous reconnaissez bien ?
La chose assez drôle, c’est que l’on a été reconnus dans ce courant là avant même de vraiment le connaître nous-mêmes. Effectivement, on a de très longues formes qui vont se balader dans plein d’esthétiques différentes et on n’essaie pas de s’adresser au « grand public » mais bien de créer et d’ouvrir d’autres champs pour les oreilles curieuses et cavalières. On est très contents d’aller sur ce Festival qui rassemble des boulimiques de musique, toujours en quête de choses nouvelles, qui ont une vraie écoute et une belle exigence.

PIXVAE © DR

Vous prévoyez de sortir le premier album de Pixvae cet automne ?
Oui, il sortira exactement le samedi 08 octobre prochain, sur deux labels : Buda Musique pour la version CD (le label de Ukandanz, tourné vers les musiques trad et contemporaines du monde entier) et sur Bongo Joe Records pour la version vinyle (label de Genève qui défend des formations plutôt inclassables et hybrides telles que L’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, Hyperculte, etc.).  Le disque contiendra les titres que l’on joue actuellement sur scène : très ternaires, plutôt alambiqués, avec deux titres plus marqués par les rythmes de la côte ouest de la Colombie (plus binaires, plus majeurs, plus joyeux, proches de la cumbia) et aussi deux compos de Jaime que j’ai réarrangées pour Pixvae. Huit titres pour 45 minutes de transe que l’on développe bien évidemment plus amplement encore sur scène !

Le live, justement, vous le réfléchissez et vous le peaufinez encore j’imagine ?
Oui, on a commencé un travail au niveau du plan de feux pour surligner les traits forts de notre musique. On souhaite créer une ambiance très immersive, sauvage, animale, qui ne laisse pas le choix.

Quelques mots sur le Grolektif et du sens commun de l’expérimentation et du métissage qui en est le ciment?
Le Grolektif a 12 ans. Il s’agit d’un collectif de musiciens, je dirais même d’une coopérative d’artistes réunis pour s’organiser, travailler plus facilement (côté pratique). Du côté artistique, l’intérêt c’est de réunir tout un potentiel de « bagages » sans ligne esthétique franche, au contraire. Le Grolektif est à la fois un label (chaque groupe est soutenu par le collectif pour autoproduire ses disques), une fois que le disque est enregistré on va rechercher des labels en cohérence avec la musique proposée par le groupe) et c’est aussi un tourneur, un organisateur de concerts…

Ce collectif a été co-fondateur du Périscope, scène de Musiques innovantes à Lyon ?
Tout à fait. On s’est servi de la force du collectif pour retaper ce qui était un ancien hangar en une salle de concerts. C’était en 2007, les travaux ont duré six mois et on est restés très liés à l’activité de cette scène pendant trois ans environ. Ensuite une autre association s’est montée, spécifiquement pour conduire et gérer cette structure, car nous n’avions pas vocation à ça. Notre place en tant que musicien est sur scène. Cela dit, c’est toujours notre espace de travail quotidien puisque le Périscope possède des locaux de répétition.

« L’imagination comme pratique sociale » a dit Jaime Salazar, c’est une belle proposition, un axe de travail et presque un programme politique ?!
(Rires…) oui, pas loin ! On a beaucoup discuté avec Jaime sur la façon d’aborder notre musique et sur comment on construit sa projection. Comment aller chercher quelque chose qui est très lointain, un point de mire qui est le fruit de nos six cerveaux (sains ou malades !) et mettre toute notre pratique au service de cet imaginaire collectif ? Comment trouver, continuellement, les moyens d’aller chercher ce point de mire tout en sachant le remettre en question ? C’est un « principe » qui peut effectivement se plaquer à tout domaine de la vie…

Un mot de conclusion ?
Le groupe de trad Nilamayé sort un disque au même moment que Pixvae. Cette sortie combinée permettra à celles et ceux qui le souhaitent d’écouter la musique trad et sa relecture. De voir le contraste entre ces deux contemporanéités.

Infos : https://pixvae.bandcamp.com

En concert le 16/09/2016 au Rock In Opposition au Garric (81), le 30/09/2016 au Festival Match&Fuse à la salle du Cap à Rangueil (31).